Rugby au féminin en France

La troisième place du XV tricolore féminin lors de la dernière Coupe du monde de rugby a fait des émules.

De plus en plus de jeunes femmes chaussent les crampons et partent à l’assaut des pelouses.

Drops, mêlée, placages, elles s’engagent sur le terrain avec énergie et n’ont pas peur de l’affrontement.

UN ETAT D’ESPRIT SOLIDAIRE ET COMBATIF :

Les rugbywomen expriment toutes l’amour de leur sport avec les mêmes mots : fierté, envie d’en découdre, cohésion. Après plusieurs années dans les gradins, Amélie, 28 ans, a commencé le rugby il y a cinq ans au Stade Français. Pour elle : « Le rugby est plus collectif encore que tous les autres sports. Il y a peu d’exploits individuels. On va au combat toutes ensemble ! » La solidarité est au cœur du jeu, ajoute-t-elle : « Je mesure 1,65 m pour 59 kg. Et même si la fille en face fait plus de 100 kg, j’y vais parce que je sais que mes coéquipières sont là en soutien».

UN MENTAL D’ACIER POUR RÉSISTER AUX CRITIQUES :

Si l’accueil dans les clubs est souvent bienveillant, il est encore parfois teinté de scepticisme. Comme le confie le Directeur sportif féminin du Stade Français, Georges Coudane : « Au début il y avait un peu d’ironie et quelques plaisanteries envers les 90 % de joueuses débutantes. Mais rapidement, au fil des victoires, elles ont fait taire les critiques. » Du côté des familles, l’inquiétude succède à la surprise. Amélie, qui joue désormais dans l’équipe de réserve de Blagnac-St Orens se souvient : «Mes parents sont tombés des nues ! Ils avaient surtout peur que je me blesse. » Mais en dépit des bleus et des bosses, les parents des joueuses sont souvent leurs premiers supporters.

UN PHYSIQUE PLUS POLYVALENT :

Les rugbymen, qu’ils soient avants ou talonneurs, sont souvent grands et costauds. Chez les filles, en revanche, toutes les morphologies ont leur place sur le terrain. Si les plus grandes sont souvent sur les lignes avant, il n’est pas rare que les filles évoluent d’un poste à l’autre en fonction des besoins de l’équipe. Comme l’explique Amélie : « Chez les garçons, c’est impossible. La notion de ‘poste de métier’ est encore très forte, il y a moins de polyvalence. »
3e ligne au club de Blagnac-St Orens, Amélie entraîne aussi l’équipe de sa fille.

UN JEU PLUS TECHNIQUE ET MOINS BOURRIN :

Même les plus sceptiques le concèdent, les filles pratiquent « Un beau jeu ». Comme le souligne Georges Coudane : « Leur jeu est plus intelligent et très rapide. Les joueuses font vraiment vivre le ballon. » Un constat que confirme Béatrice, 34 ans, 2e ligne au Rugby Club Paris XV : « Même si on se rentre dedans, il y a plus d’évitements et le ballon circule plus. » Le gabarit des joueuses explique en partie la physionomie de leur jeu. Si les hommes misent tout sur la force physique, les femmes privilégient une stratégie plus construite et plus fluide. Des particularités techniques qui charment de plus en plus les amateurs de rugby.

UNE ATTITUDE PLUS DISCIPLINÉE :

La majorité des équipes féminines sont entraînées par des hommes. Souvent familiers des terrains depuis de nombreuses années, ils se réjouissent d’entraîner des femmes. Plus réceptives et avides de s’améliorer, le parallèle avec les garçons tourne à leur avantage. Georges Coudane confie : « Les filles intellectualisent plus le jeu, elles posent beaucoup de questions. Dès qu’elles ont compris le pourquoi d’un choix tactique ou d’une séquence de jeu, elles y vont à fond. Avec les garçons, le conflit n’est jamais loin. Ils discutent sans cesse ! »

EXISTE-T-IL UN RUGBY FÉMININ ?

Les joueuses le disent : elles jouent au rugby, comme les hommes. Même sport, mêmes règles, même passion. En revanche, les différences physiques et le tempérament de ces jeunes femmes ont un impact sur le jeu. Le rugby féminin est un sport jeune, non professionnel, et les amateurs ont l’impression de retrouver le rugby d’il y a 30 ans avec plus de technique et moins d’affrontement. Moralité, il semblerait que le « French flair » au féminin ait encore de beaux jours devant lui.